Raymond
"Quand j'étais petit, je n'étais pas grand. Je montrais mon cul à tous les passants..." Il y avait dans mon village un pauvre garçon qui s'appelait Raymond. C'était un grand, avec de longues jambes et de longs bras maigres. Il rigolait tout le temps pour rien. Il passait son temps à ne rien foutre. Il regardait les nuages la bouche ouverte. Parfois il accompagnait sa mère jusqu'au lavoir en poussant la brouette avec la lessiveuse. Il était grand, si grand que ses pantalons et ses vestes avaient oubliés de grandir avec lui. Il avait un feu de plancher chronique, ce qui fait bien marrer les autres enfants du village. Raymond était le portrait même de l'imbécile heureux, du simplet du village. Il était sans doute issu d'une longue lignée de liens consanguins, comme on en connaît dans beaucoup de villages. Raymond avait une distraction. A la nuit tombante, entre chien et loup, quand les mères préparaient le dîner, quand les maris étaient au café ou sur le chemin entre la ferme et la maison, il battait la campagne. Toc Toc Toc... Qui est-ce ? Se demandait ma mère. Elle ouvrit la porte... et se retrouva face à cul avec Raymond. Et il partait, joyeux et rigolard vers d'autres exhibitions. Ce petit manège avait fait le tour du village. La mère de Raymond avait beau le réprimander et le taper, rien n'y fit. Raymond etait bien grand, mais il montrait son cul à tous les passants. La blague n'aurait pas eu de conséquences si Raymond n'avait pas insisté. Il recommençait sans arrêt. Vous ouvrez votre porte, et voyez la raie de Raymond. Tant et si bien qu'un jour il tomba sur mon père qui lui n'appréciait pas trop les culs bénis ou non. Il coursa Raymond dans les alentours et lui passa la lune aux orties. De bonnes grosses orties comme il en existait alors. De celles qui font des cloques rouges et qu'on ne peut s'empêcher de gratter. Je ne sais pas si Raymond s'est gratté, mais à compter de ce jour on ne lui vit plus l'arrière. |